ma grossesse, à 16 ans.

je n’avais même pas encore 17 ans. il m’a fallu un bon nombre de weekends pour réfléchir et réaliser la situation dans laquelle j’étais. je pensais et repensais à comment cela s’était produit. un scénario pas très idéal du jeune couple inexpérimenté qui se fréquente depuis quelques mois. c’est le grand amour et hop! un soir de pluie verglaçante on décide d’utiliser le condom que l’éducatrice à la sexualité nous a remis au-cas-ou et hop! ledit condom se retrouve manifestement inopérant (!). « ça n’arrive qu’aux autres » que je me disais… « impossible » que je me répétais et c’est un samedi matin, en mars ’92 et à peine six semaines plus tard que je me retrouvais devant la pharmacienne accompagnée de ma mère pour me faire annoncer la joyeuse nouvelle. je revois encore ma mère de dos, que j’observais dans le gros miroir bombé du coin de la pièce et le bout de la tête de la pharmacienne qui allait et venait derrière son comptoir. une attente interminable pendant que le petit test changeait le cours de ma vie.

« c’est positif! » que d’annoncé l’aimable pharmacienne avec un demi-sourire. « merci! » de répondre ma mère sans même lever un œil… un sourcil… sur moi. et moi de la suivre jusqu’à la sortie de la pharmacie. sans rien dire. je me tenais derrière elle, tel une condamnée. j’avais l’impression de courir après elle tellement elle avait l’air de courir. et la rattraper pour lui dire quoi? « je fais quoi? », « je m’excuse? ». nous sommes revenues à la maison et j’ai compris que ma mère était une des femmes les plus fabuleuses de cette vie. compréhensive, tendre, aimante et remplie de support. Je la sentais même emballée.

quelques jours plus tard, je pris mon agenda scolaire à la page s.o.s. pour consulter un numéro de téléphone. ceux qui se demandent encore à quoi ils servent ces pages dans l’agenda scolaire et qui songent à les éliminer, sachez qu’elles sont très utiles! j’y ai fait la rencontre de marie-josée, à qui je n’ai jamais reparlé mais qui a été ma première alliée dans cette aventure. par sa voix, elle m’a aidé à démêler ce tumultueux arsenal d’hormones et d’émotions qui me brouillaient la tête pendant plusieurs semaines.c’est un peu après mon anniversaire en avril que j’ai pris la décision de garder le bébé qui m’habitait et qui s’imposait physiquement. je me lançais inconsciemment dans une course de longue haleine et dans un quotidien chargé de responsabilités et de questionnements. le jour suivant ma décisions, j’ai eu une longue discussion avec la sœur de ma mère, prise du cancer et qui se battait chaque jour pour s’en sortir. elle qui mourrait alors que moi je respirais la vie plein le corps. elle mourra quelques jours après notre discussion, à peine trente-deux ans. ma fille porterait son nom quelques mois plus tard, un 26 novembre 1992.

ma chère fille. douze heures et demi et presque deux heures de poussées. et que dire de ce « petit » bébé qui s’annonçait délicat et frêle en début de grossesse. « pas plus que 6 ou 7 lbs ce p’tit bébé là ma belle! » que me répétait le médecin tout au long de ma grossesse, se faisant rassurant. une entrée triomphale dans ce monde avec tes 8 lbs et 8 onces, le nez en l’air m’a fait comprendre que la médecine n’était pas toujours précise. comment sortir un gros bébé d’un bassin d’une jeune femme pesant à peine 110 lbs en début de grossesse. il a fallu la gigantesque main d’homme et un peu de mon adrénaline lorsque ton cœur faiblissait pour que tu pousses enfin ton premier petit cri vif et strident. j’ai tant pleuré. tes petits cris, tes soubresauts, mon bébé pour la vie. mes premiers pas dans la maternité. et l’expérience inoubliable de l’allaitement. tous ces mois à lire et relire des articles, me documenter en t’attendant. Je m’étais fait un mode d’emploi, mais je ne m’attendais pas à tant d’amour devant chaque petite nouvelle chose que tu pouvais m’apporter.

tu m’as ensuite suivi au cégep pour récupérer des livres oubliés ou pour saluer mes ami(e)s sur l’heure du dîner. j’étudiais pendant que tu jouais dans les modules de l’Orange-Bleue. tu dessinais après le bain pendant que je m’affairais sur travaux d’école. tu me suivais partout. tu m’accompagnais.
mon amour, tu as aujourd’hui 14 ans. je pense à ce jour avoir réussi ma mission qui était de te transmettre de bonnes et belles valeurs et m’assurer que tu ne manques jamais de rien. nous devenons parents en épelant le mot sacrifices mais en apprenant le don de soi.
j’avais envie d’écrire ce texte depuis longtemps dans ta prochaine carte de fête pour qu’enfin tu aies par écrit tous les détails des plus beaux souvenirs avec toi et que tu arrêtes (enfin!) de me demander de te raconter encore et encore. c’est la plus belle histoire d’amour qui détrône mille fois les étincelles que j’entrevois depuis peu dans tes yeux lorsque tu me parles d’un tel… je t’admire dans toute ta beauté infinie et ton grand coeur. par ta curiosité de la vie et la comédie que tu nous joues chaque jour. la vie est pour toi un grand jeu dans lequel tu souhaiterais remporter le rôle de la plus comique. ta conscience sociale pour les drames humains te font questionner sur le sort que réserve le mal. pas pour rien que tu avais le visage vers le ciel en naissant, tu annonçais avec un goût pour l’aventure. à moi de remporter le prix de l’actrice de soutien afin de te protéger et de te mettre en garde.
et chaque 26 novembre… à 19h32, je te souhaiterai bon anniversaire, le coeur profondément rempli.
σ’αγαπώ πολύ πολύ το κορίτσι μου
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Un commentaire Ajoutez le votre

  1. Anny dit :

    MA-GNI-FI-QUE!
    J'aimerais être capable (ou peut-être tout simplement prendre le temps) d'écrire un tel texte pour ma fille!!!

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